Exploration urbaine

Qu’est-ce que l’Urbex ?

C’est le nom donné à la pratique consistant à visiter des lieux abandonnés, délaissés par l’homme. On retrouve tous types d’infrastructures : hôpitaux, piscines, châteaux, etc. L’Urbex (contraction anglaise d’Urban Exploration), est une pratique dangereuse et souvent illégale. Une des règles d’or : ne rien voler et ne laisser aucune trace de sa venue. En pleine démocratisation, l’exploration urbaine séduit de plus en plus, et soulève de nombreuses interrogations.

Pour expérimenter l’Urbex, nous avons suivi les pas de NicoMind, un jeune vidéaste adepte de la pratique. Il nous emmène dans la campagne bourbonnaise à la découverte d’un château abandonné, il y a bien des années.
Un voyage hors du temps

            Qui de mieux placé qu’un jeune « urbexer » rhône-alpins pour guider notre visite ? NicoMind est étudiant en école audiovisuelle. Passionné par l’histoire et la vidéo, il pratique l’urbex depuis maintenant deux ans. Avec l’objectif de « transmettre l’atmosphère qui émane de ces lieux abandonnés », et de « véhiculer des émotions », le jeune homme partage ses vidéos sur YouTube. C’est dans un lieu qu’il n’a encore jamais visité, qu’il nous propose de suivre son aventure.

Préparation militaire

            Tout commence par une préparation méticuleuse. Il est 7h30 du matin, et NicoMind s’affaire à réunir ses équipements. Du matériel vidéo, des vêtements confortables, des batteries de secours et une corde, tout ou presque rentre dans un sac à dos. L’odeur du café ponctue les allers-retours incessants du jeune homme.

 

« Il ne faut rien oublier, la préparation est une étape indispensable pour toute expédition qui se respecte »

 

Pas le temps d’enlever les miettes sur la table, nous voilà partis. Le gps allumé et le poste radio relié à son téléphone, trois bonnes heures de route nous attendent désormais. Entre deux musiques de pop-rock anglaise, NicoMind nous l’avoue : « l’étape la plus difficile reste la chasse aux adresses ». Une quête d’informations pour localiser des lieux où l’on ne possède que « de rares clichés postés sur les réseaux [sociaux] ». Passant parfois plus d’une « dizaine d’heures » sur le net, « un temps fou en bibliothèque », l’adresse du jour aura mérité plus de huit heures de recherche. Un lieu dont nous tairons la localisation, dans le but de « conserver l’état du château et des biens qu’il possède ».

Dangereux périple

            Après ces longues heures de route marquées par la brume et le vent, un magnifique château typique de l’architecture bourbonnaise, se dresse devant nous. L’infrastructure étonne par sa grandeur. Un trou dans le grillage nous facilite l’entrée. Mais à partir de maintenant, « plus un bruit ! ». Il faut se frayer un chemin dans une jungle de ronces et d’orties. Seuls les oiseaux semblent avoir remarqué notre venue. Le regard anxieux et le visage serré, NicoMind scrute tous les recoins du domaine. Le stress est permanent, le goût du risque prend le dessus. La mission : ne pas se faire repérer par les habitants à proximité, ou d’éventuels promeneurs. Heureusement, rien à signaler. L’ordre est donné : « c’est tout bon ! On rentre ».

Trésor culturel

               Une fenêtre entrouverte plus tard, l’intérieur de ce lieu hors du temps s’offre à nous. L’instant est incroyable, en quelques secondes nous venons de retourner plus de cinquante ans en arrière. Une tapisserie fleurie typique des années 1950, une télévision cathodique ou encore un piano ; l’heure est à la contemplation. Une forte odeur de poussière et de renfermé rend toutefois la respiration difficile. Le lieu est assez sombre, et l’ambiance sonore est digne d’un film d’horreur. Le bois craque, des morceaux de verre cassent sous nos pieds, des portes claquent à cause du vent. Le temps semble s’être arrêté dans ce château qui appartenait à un couple de psychologues, disparus selon la légende, du jour au lendemain.

 

«Tout est encore là, les vêtements, les draps, la vaisselle et même les photos de famille »

 

Certaines scènes attristent, comme cette poussette des années 1960 posée dans le coin d’une chambre, à côté d’une valise incomplète. Dans le grenier, de vieux journaux jonchent le sol. La Montagne, Le Monde ou encore Le Figaro, les titres datent des années 1960. Pour NicoMind, la surprise « est grande » car « rien n’a bougé ! ».

« Faire revivre le lieux »

               Voici la volonté du jeune Youtubeur : redonner vie à « des infrastructures qui ont une âme, un passé que l’on se doit de sauvegarder ». Pas à pas, NicoMind photographie et filme tous les éléments du décor. Caméra à la main, il raconte l’histoire du lieu et décrit ce qu’il voit. Ce qu’il ressent. Sa voix chaleureuse transforme instantanément l’ambiance du lieu. Les nombreux « clics » de son appareil photo interrompent le son de sa voix. Pendant un instant, le lieu semble habité.

 

« Filmer ce château, décrire son histoire, c’est une manière de le faire revivre, de lui rendre hommage »

 

Les murs fissurés, le sol fragile et certaines fenêtres cassées, l’édifice est en fin de vie. C’est le symbole d’une époque révolue qui est amenée à disparaître. Après de longues heures de visite, il est temps de s’en aller, sans faire de bruit. C’est avec le sentiment amer et nostalgique de quitter une époque, que nous tâchons de quitter les lieux. Un dernier regard tourné vers ce magnifique édifice, comme un remerciement pour ce voyage hors du temps.

Sheila Germain : « Je comprends la démocratisation de l’Urbex »

Comment parler de l’Urbex, lorsque l’on protège le patrimoine ? Nous avons demandé à Sheila Germain, directrice du musée Yves-Machelon de Gannat (03), son opinion sur la question.
Que pensez-vous de la pratique de l’Urbex ?

C’est une pratique intéressante, car même un professionnel du tourisme rêve de rentrer dans un lieu où personne ne pénètre. Malgré tout, l’exploration urbaine peut représenter certains dangers pour la personne qui la pratique.

L’Urbex est-elle une pratique légitime ?

Si on se réfère au droit, ce n’est pas légal alors que sur le plan moral, nous devrions pouvoir accéder à ce patrimoine. Alors dans ce cas, cela peut être une pratique légitime.  Il faut prendre toutes les précautions pour ne pas mettre en danger le patrimoine et soi-même.

L’Urbex est-elle une forme de tourisme alternatif ?

C’est à la fois du tourisme et une pratique culturelle. Le touriste pur, va visiter une région, et découvrir ses paysages et son terroir. La pratique culturelle serait de découvrir un patrimoine, sans nécessairement se déplacer ou être un touriste. Je pourrais faire de l’Urbex dans un château fermé au public, pas loin de chez moi et cela ne sera pas du tourisme !

Est-ce un symbole des limites du modèle touristique actuel ?

Non, pas vraiment. L’Urbex montre plutôt ce patrimoine bâti en France, qui par manque de moyens est mal mis en valeur et qui est inaccessible au public pour des raisons de sécurité. Au final, c’est notre patrimoine national qui est délaissé.

Est-ce un moyen de dénoncer l’abandon du patrimoine ?

D’une certaine façon, oui. Après, je ne suis pas sûre que ce soit la première idée des urbexers lorsqu’ils franchissent les lieux. Il y a à la fois le goût de l’interdit et le goût de découvrir quelque chose seul dans son coin. Je comprends très bien, si vous me mettez devant des documents anciens que personne n’a consulté, je serais comme une enfant. J’aurai la même réaction avec un bâtiment que personne n’aura vu depuis des dizaines d’années. Mais ce n’est pas suffisant pour dénoncer cet abandon.

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